POURQUOI IL FAUT ÊTRE TOUJOURS TRÈS TRÈS PRUDENT AVEC LES TECHNOLOGIES DIGITALES DANS LE SPORT

Mettre en avant les qualités métrologiques d’un outil ne justifie jamais ses pertinences :

– de contenu : c’est la représentativité des éléments qui le composent, au regard du phénomène mesuré. Elle découle de la définition du phénomène mesuré, de l’environnement des conduites qui en découle et de la représentativité de l’échantillonnage des conduites retenues dans le test pour évaluer les dimensions et l’ensemble du domaine.

– de structure : c’est la validité quantitative faite par l’analyse factorielle et le clustering.

– critérielle : elle renvoie aux objectifs du test, aux relations entre la dimension mesurée par le test et les critères observables considérés comme importants. Un test peut être excellent dans un contexte donné et n’avoir aucun lien direct et nécessaire avec des critères valorisés dans un autre contexte.

– d’utilité : elle quantifie ce que rapporte sportif « excellent » par rapport à un sportif « moyen ». Donc permet d’estimer les gains potentiels et les stratégies.

Ce qui explique que je suis très dubitatif sur le GPS (ou autres outils qui fournissent des données quantitatives) dans beaucoup de sport.

Seule une approche multifactorielle (quantitatives et qualitatives) permet de mieux comprendre des phénomènes complexes.

Dis moi ce que tu vois, comment tu l’interprètes, je te dirais qui tu es … et ce que tu peux apporter au sportif et à l’entraîneur pour qu’ils atteignent leurs objectifs.

CE N’EST PAS PARCE QU’UNE LOUPE EST PLUS PRÉCISE QUE CELA LÉGITIME ET REND PLUS SCIENTIFIQUE CE QU’ON REGARDE : LE GPS DANS LES SPORTS COLLECTIFS

Lorsqu’un chercheur, un entraineur choisit un instrument d’évaluation, il fait un choix épistémologique qui conditionne toute son étude ultérieure.

Les « faits » ne sont donc que la perception du chercheur. Même si une observation est scientifique, elle n’est jamais que le produit des sens et de la représentation du monde de l’observateur.

Les « faits » sont donc très dépendants des conceptions qui sous tendent leur observation ainsi que des théories et des hypothèses sous jacentes.

Les techniques d’investigation les plus technologiques n’y pourront rien.

Ainsi en est-il du GPS dans les sports collectifs.

Dire qu’il est de plus en plus précis, ne change rien au problème de la pertinence des centaines de données qu’ils débitent chaque seconde.

Si nous considérons que l’effort est ce que coûte l’activité au sportif qui la pratique, nous pouvons légitimement nous interroger sur l’utilité du GPS.

Courir à 25 km/h sur 10 mètres en début de match est-il le même effort que courir à 25 km/h sur 10 mètres en fin de match. La réponse est non.
Il en est de même pour les accélérations. Elles n’ont pas toutes le même coût suivant les moments du matchs ou de l’entraînement.
Courir à 15 km/h sur 15 mètres n’a pas non plus le même coût suivant que vous avez couru plus vite avant ou plus lentement, ou longtemps ou moins longtemps avant.

Mais combien d’analystes pondèrent leurs données au regard de toutes ces variables ? Combien contextualisent ces données quantitatives ?

L’effort précédent conditionne toujours l’effort suivant. Ce coût n’est pas uniquement un coût physiologique, biologique. C’est aussi un coût cognitif, affectif, spirituel. Cela, le GPS, ne peut le traduire.

Si nous nous préoccupons de l’efficience dans le sport concerné, aucune technologie ne pourra dire si la passe ou la frappe est « bonne ». Il ne pourra pas dire en effet si des adversaires exerçaient ou non une pression importante sur le joueur. Si le score au moment de la passe en match augmentait le stress, ce qui pourrait pourtant expliquer sa réussite ou son échec. Si la passe a été faite au bon moment. Etc. etc.
C’est aussi nier l’essence même des sports collectifs : tenter, essayer, retenter, réessayer … pour arriver à marquer le but, les quelques buts qui feront que l’équipe gagnera le match.

Le GPS fournit des données qui ne sont que très peu exploitables et sont donc très peu utiles que ce soit pour améliorer la performance et réduire le risque de blessure.

Le risque est par contre important pour le chercheur, pour l’entraîneur qui n’y prendrait pas garde, car il croirait, il laisserait croire que des données quantitatives peuvent apporter les connaissances que seules des données qualitatives peuvent faire. Ce serait faire croire que l’on peut tout comprendre au prisme d’analyses quantitatives. Ce qui ne tient pas.

Le problème est avant tout de déterminer ce qu’on veut observer pour améliorer ce qu’on veut voir progresser. Alors il faudra utiliser des données qualitatives et quantitatives, qu’il faudra avec les statistiques appropriées mettre en relation.

Ce que veulent tous les entraîneurs, ce sont des sportifs plus performants dans leur sport. À ce titre, en sports collectifs, le GPS n’a pas encore fait la preuve de son utilité … tout du moins au point de vue des données « physiques » … et ne le fera très certainement pas.

Personnellement, ce ne sont pas des données GPS que j’utilise en tant que données quantitatives. Et cela ne sera plus.

Accepter la relativité des « faits », c’est rendre possible des lectures diverses et donc une approche plus riche de la réalité.

Cela ne reste qu’un avis.

Un conseil aux « scientifiques » et autres « responsables de la performance » : lisez le livre de Pourtois J.P. et Desmet H., Epistémologie et instrumentation en sciences humaines. Il a plus de 10 ans et est d’une actualité criante.

Dans les sports collectifs, sans gps, sans cardio, sans tracking vidéo, peut-on avoir peu de blessés ?

La réponse ? Bien sûr que OUI !

PS : merci à ceux qui pensent que « NON » d’en faire la démonstration.

Avec mon ami Thomas Joubert, nous faisons depuis des années un suivi quotidiens de nombreux marqueurs de footballeurs professionnels. Thomas note à chaque séance les joueurs « indisponibles », c’est-à-dire ceux qui ne peuvent pas participer la séance collective. Ils peuvent parfois faire une séance individuelle adaptée.

Nous faisons des statistiques entre tous les marqueurs et ces indisponibilités. Voici un graphique. Vous y trouverez les indisponibilités par semaine d’une équipe de footballeur pro et le volume hebdomadaire. Si vous avez l’oeil vous comprendrez. Les experts apprécieront noteront le très très faible taux de joueurs indisponibles.Tout ça sans GPS, ni cardio.

Et pour ceux qui pensent que la « fatigue » est un problème, regardez.

La fatigue vous protège !

Si vous n’êtes pas fatigués c’est que vous ne vous entrainez pas assez !!
Message à ceux qui n’arrêtent pas de « vendre » la récupération et les techniques idoines, à tous les coins de rue : vous blessez vos sportifs.

Quelle bétise de mettre en balance « Fitness » et « Fatigue ». C’est contre productif d’opposer « Etat de forme » et « Fatigue ».

Vous verrez que vous aurez plus souvent des blessés après un jour de repos complet (plus encore après deux jours) qu’après une journée d’entrainement.

Deux raisons principales peuvent expliquer qu’il y ait plus souvent des blessés après un repos complet qu’après un jour d’entrainement:

– La première, c’est que les joueurs, pour peu qu’ils en aient les moyens financiers, en profitent pour se faire des « extras » qui nuisent à leur récupération (j’ai vu des joueurs prendre des jets privés pour se faire un shopping dans une autre capitale)

– La deuxième, la plus majoritaire et la plus fréquente, est qu’une ou deux journées de récupération complètes font baisser l’activation à des niveaux très bas car le sportif pro récupère très très vite.

Cela imposerait une remise en activité lente et progressive pour les séances de reprise. Hélas, comme les sportifs ont eu deux jours et qu’il y a match toute les semaines, les staffs reprennent très souvent trop vite trop fort. Le delta entre les valeurs d’activation de repos et les valeurs de la journée de reprise étant très important, le risque est alors très élevé. Et le risque élevé se traduit par un nombre de blessés élevé.

Si on mesure plusieurs perceptions de joueurs à chaque séance (ce que nous faisons), cela se traduit très bien. Beaucoup de joueurs précisent même qu’ils ont plus de difficultés à reprendre après deux journées de repos qu’une journée.

A chaque fois que nous avons augmenté la fréquence des séances (doubler dans la journée, plusieurs jours), sans augmenter le volume hebdo, nous avons réduit le nombre d’indisponibilités. A chaque fois que nous avons réduit le nombre de jours de repos, le nombre d’indisponibilités a diminué. Quand nous les avons augmentés, le nombre d’indisponibilités à augmenté les deux semaines qui suivent. Pour cela que nous donnons (rarement) deux jours de repos loin des matchs, presqu’exclusivement lors des trêves internationales…et que nous veillons à avoir des niveaux élevés d’intensité d’entrainement.

Pour résumer :

Un sportif est capable de s’entrainer tous les jours, plusieurs fois par jour, pour peu qu’on sache bien gérer les efforts (les niveaux d’activation). Ce sont les efforts mal gérés qui sont accidentogènes. Pour cela il faut mesurer les effets cumulés différés, et surtout tenir compte du contexte. Dans ce cas, le contexte prime sur les effets, et donc les joueurs se blessent plus.

D’une manière générale

Les sportifs pro s’entrainent aussi trop peu, et trop peu intense, ce qui amplifie ce phénomène. Leur base de travail étant faible, le risque est « exponentialisé ». Les staffs sous-estiment énormément la capacité d’entrainement des sportifs et surtout les progrès qu’ils font durant l’année. Vous verrez que la plupart des staffs pense que plus le championnat avance, plus les joueurs fatiguent. Quel intérêt de s’entrainer alors ??

Vous l’avez compris, tout se joue sur la capacité du staff à mesurer les efforts (l’activation) et les effets cumulés différés dans leurs contextes de réalisation, et à savoir analyser ces données.

Gps, matchs, données ? Halo quoi !

Pourquoi halo ?

Simplement parce qu’il y a autour du gps et des technologies de tracking utilisés par les préparateurs physiques comme un cercle brillant, lumineux, couronnant parfois le soleil ou la lune. Comme une suspension brumeuse, vaporeuse ! On est dans le galactique !

La question.

Si les influences des variables situationnelles (environnementales) sur les performances des sportifs sont aussi importantes, comment arrivez-vous, mesdames et messieurs les préparateurs physiques, à conclure, à déterminer des stratégies d’entrainement pertinentes, des contenus d’entrainement sur la base de données qui manifestement sont très très difficilement comparables (utilisables) en dehors du temps de la séquence (match, entrainement) ????

Je suis curieux de connaitre la réponse, argumentée, illustrée.

J’ai plusieurs fois posé cette question. A ce jour, je n’ai rien vu de concret, que de l’évasif, du brumeux, style discours d’homme politique en campagne. Du style :

– « nous, on combine objectif et subjectif, et on s’est créé notre propre indice »
– ouai !! C’est-à-dire ?
– « on ne peut pas en parler, c’est secret, confidentiel, tu comprends. »
– ah ok ! (c’est à ce moment que j’éclate de rire !)
– ben les gars, cela ne doit être très utile, parce que en ce moment, quand une une équipe gagne un titre, une coupe, on voit arriver presque à chaque fois un article sur le préparateur mental dans le journal l’equipe ou sur facebook. Mdr.

Parmi ceux-là aussi, il y en a des bons. Quand ça gagne, ils y vont à fond dans la com, par contre quand ça gagne pas, tu les vois plus. Le bon cliché habituel à deux balles sur le « mental ».

Je les adore avec leurs posts fb, leurs tweets : « fier d’avoir participer à … », plus bien sûr leur petite photo. Le jardinier, qui est déterminant au foot et rugby, à presque toujours beaucoup plus d’influences sur les résultats car le terrain est meilleur, les joueurs peuvent donc mieux bosser, et il y a moins de blessés. Par contre eux, tu ne les vois pas sur fb et twitter !!!
J’adore le « fier d’avoir … » de la part de personne qui n’arrivent pas à quantifier en pourcentage les effets de ce qu’ils proposent. On est souvent sous les 0,01%

Les interrogations

La quasi-totalité des études montrent que les données des outils de tracking sont peu exploitables. Pire, dans les couloirs, en off, les préparateurs physiques vous le confirment. Ils vous disent même que si ils ne les utilisent pas, ils ne font pas « sérieux », « scientifiques », pas « préparateurs physiques » !!

Cerise sur le gâteau ?

Même les joueurs savent qu’un gps cela ne sert pas à grand chose. Ils les voient d’ailleurs beaucoup plus comme des outils de flicage.

1- pourquoi ne montrez-vous pas à vos staffs que ces technologies sont d’une utilité très très très très limitée ??
2- pourquoi ne proposez-vous donc pas des alternatives plus efficaces ???

Est-ce que courir plus vite, courir plus longtemps est le facteur déterminant dans les sports collectifs ?? (attention à ce que vous allez dire, il y a des études qui peuvent vous surprendre)

Quelles sont les priorités ?

Car oui, tout est utile. Tout, de la qualité du gazon, à la lessive des maillots en passant pas la taille de la fourchette du repas d’avant match. Mais nous ne sommes pas chez les bisounours. Quand on n’a que 10 à 12 heures d’entrainement, que fait-on ? Le prioritaire, le secondaire, l’accessoire ?

Allez, l’étude, une review

The influence of situational and environmental factors on match-running in soccer: a systematic review (Joshua Trewin , César Meylan, Matthew C. Varley & John Cronin in Science and Medicine in Football

It is common practice amongst researchers and practitioners to monitor the effects of external load via electronic tracking systems. Both semi-automatic multiple camera systems and global positioning system technologies are used worldwide to quantify match-running.

As soccer is a global game, the playing environments can differ, with heat and altitude being factors that may impact players running performance.
Further, tactical and situational match factors may also have an effect on match-running performance.

Therefore, the purpose of this article is to systematically review current literature on the environmental and situational factors affecting match-running in soccer. An electronic database search (pubmed, ebscohost and web of science) was conducted. Further articles known to the authors were also included.

A total of 1806 studies were identified, with only 28 meeting the specific search criteria. The main findings were that trivial changes in match-running were observed with regards to possession, team formation and match status (win, lose, draw). Match-running was affected by temperatures as low as 20°c, with both high- and very-high speed running decreasing (8.5% and 15% respectively), whilst altitude lowers the number of high-speed efforts completed by players (7.1–25%).
Findings indicate that environmental factors have a strong influence on the variability and differences observed in match-running performances from match-to-match. Further understanding of the effect of match factors on match-running would allow better planning to minimise possible detrimental factors, particularly in relation to gender.

Et quelques autres études complémentaires

– Match running performance fluctuations in elite soccer: indicative of fatigue, pacing or situational influences ? Bradley PS, Noakes TD.
J Sports Sci. 2013;31(15):1627-38.

– Match-to-match variability of high-speed activities in premier league soccer. Gregson W, Drust B, Atkinson G, Salvo VD. Int j sports med. 2010 apr;31(4):237-42.

– The match-to-match variation of match-running in elite female soccer.
Joshua Trewina, César Meylana, Matthew C. Varley, John Cronina

Le GPS ?

Un joujou (cher) pour faire des articles scientifiques.
– pour un staff ? Assurément moins utile qu’un chrono, des plots, des coupelles, des chasubles …
– pour individualiser des contenus ? Là, je me marre. Même beaucoup.

Jusqu’à preuves argumentées du contraire 😉