L’interrogation du jour

Quelles sont les causes qui font que la grande majorité des préparateurs physiques passent leur temps à parler et disserter comme des experts (qu’ils ne sont pas le plus souvent, ou alors on n’a pas la même définition de ce qu’est un expert) de physiologie, de biomécanique, de théories coperniciennes, de protocoles médicaux, de nutrition, de technologies … ?

Pourquoi parlent-ils très peu de psychologie, de sociologie, d’histoire ?

Pourquoi ne parlent-ils presque pas du tout de techniques sportives, de techniques motrices, de pédagogie, de didactique,d ‘épistémologie ?

Sans doute est-ce le reflet de leurs contenus de formation.

Sans doute est-ce la vraie cause de l’absence de carte pro « Préparateur physique », qui selon moi n’existera jamais.

Préparateur physique, si tu veux continuer à exister, ne pas devenir un dinosaure, un fossile, revient (vient) sur ton corps de métier, entrainer.
Il y a urgence.

Arrête de nous parler de la décarboxylation du pyruvate, de connectine …
Arrête de vouloir former tous tes « collègues » sur ces thématiques.

C’est marrant cette manie de vouloir apporter des réponses théoriques qu’on ne maitrise pas à des questions qu’on ne se pose pas, qui n’améliorent pas les pratiques professionnelles de terrain des confrères et consœurs.

Que c’est fatiguant d’entendre parler de resynthèse de l’ATP, des fameuses filières et de constater que celui qui t’explique cela ne sait pas gérer un groupe, gérer les couleurs des coupelles, des chasubles et pire … est incapable de t’expliquer pourquoi tout le monde fait 10 secondes d’efforts, et pas 9 ni 11 secondes.

Depuis 40 ans, beaucoup pensent que le lactate est la cause principale de la fatigue malgré les discours répétés dans tous les organismes de formation. Pourquoi passer son temps à convaincre des « gens » qui ni ne veulent ni ne peuvent l’être ?

La préparation physique est un des rares métiers ou il y a plus de « formateurs » que de CDI à plein temps. Ça devrait interroger.

Préparateur physique parle-nous « stratégies d’apprentissage », « stratégies d’entrainement », dynamique des volumes, des intensités, des fréquences pour performer en sports individuels, en sports collectifs, avec des débutants, des initiés, des experts.

Les explications scientifiques, laisse-les aux scientifiques. La priorité est d’améliorer les pratiques professionnelles de terrain. Cela ne passe pas par la compréhension ultra détaillée des modifications moléculaires probables dans l’organisme, d’autant plus qu’elles ne sont qu’une vision très restrictive de mouvement humain, à tout le moins jamais systémique.

Ce n’est que mon avis.

De l’utile, de l’utilisable et de la communication

Nos concurrents font des photos, des vidéos, toutes plus belles les unes que les autres pour que leurs utilisateurs vantent les mérites de leur application (certains font même de grosses ristournes pour cela, mdr, si si je vous l’assure.)
C’est louanges sur louanges.
C’est icônes de gros bras, icônes de Coupe, icônes de feu d’artifice.
La totale.

On sent la sincérité et l’objectivité.

Nous n’avons pas la même approche car nous la trouvons trop éculée.
Ça fait trop Facebook avec ses « Like », ses « Top », ses « Génial ».

C’est le royaume de l’orgasme sémantique.

Vous ne savez donc pas qui utilisent notre application gratuite.

Cela n’a d’ailleurs aucun intérêt. Au contraire, c’est même mieux.

Car cela me saoulerait beaucoup que vous choisissiez TrainingLoad Pro parce que machin ou truc l’utilise.

Si vous utilisez notre Web-app c’est parce que cela vous est utile et utilisable.

Sinon ne l’utilisez pas.

Ce que je peux vous dire :

1- c’est que je suis en retard (et je m’en excuse, je fais tout pour rattraper mon retard) sur les personnalisations et qu’il y a une raison simple !

2- QUE PLUS DE 8 000 SÉANCES SONT SAISIES PAR SEMAINE dans notre web-app (les « petites » semaines) soit plus de 1 000 par jour.

3- QUE POUR PLUS DE 75%, CE SONT DES SÉANCES DE SPORTIFS PROFESSIONNELS, DE HAUT NIVEAU … (faites le calcul, cela fait « quelques » sportifs !)

4- QUE L’AUGMENTATION ANNUEL EST UN NOMBRE A DEUX CHIFFRES

Pas de vidéos, pas de photos, pas de « témoignages sincères » chez nous.

Le nombre de saisies parle de lui même. Nous en sommes fiers.

Pas mal, avec uniquement du bouche à oreille non ?

Planifier ? Périodiser ? Programmer ? Un Synopsis

Planifier, c’est une première étape incontournable avant de concevoir tout contenu de séance. C’est en quelques sorte écrire le synopsis avec ses variantes probables.

Certains écrivent avec plus de détails, proposent plus de variantes que d’autres. Ils devinent aussi avec plus de précisions les faits qui vont se produire. C’est là qu’on reconnait le niveau d’expertise de l’auteur.

Bien sûr, « écrire le synopsis », c’est aussi engager votre crédibilité, votre responsabilité, auprès de vos sportifs, de votre président, de votre public.

C’est avoir également des contenus, des exercices efficaces, personnalisés, avec un risque de blessure minimal.

Chaque marqueur d’un effet (d’un acteur !) a une cinétique qui lui est spécifique. Ses valeurs hautes et basses, à chaque période, font référence à vos connaissances des réactions immédiates mais aussi différées du corps aux efforts que vous proposez, dans leurs contextes de réalisation.

Entraîner, c’est donc harmoniser les effets pour qu’ils se cumulent, et non pas qu’ils s’annulent. Que la performance, que le retour à l’entrainement soient beaux. C’est mélanger avec harmonie les « couleurs » pour faire un tableau à fortes émotions, c’est gérer les « instruments » pour que la musique soit belle.

C’est un art qui nécessite beaucoup de connaissances et d’expériences.

Il faut écrire, il faut s’engager. Il en va de votre crédibilité.
L’intuition, le feeling, cela ne suffit pas.

Bientôt la reprise pour certains clubs de football. Avec les éternelles questions … mais aussi litanies.

Comment va-t-on planifier cette période de 5 semaines ?

Quels objectifs poursuivre ?

Quel monitoring faire ?

C’est le grand show des PP.
Les stades vont ressembler au CES de Las Vegas.

On va avoir droit aux marronniers des préparateurs physiques qui vont nous sortir les poncifs de début de saison (« On va bosser très dur », « Pour tenir la saison », « On sera prêts en septembre, pas au début », « On utilise les GPS », « On leur demande RPE », « Ils auront des bains froids » …). Un vrai défilé de modes.

Ca sentira aussi très fort les batteries de tests qui vont soi-disant permettre d’individualiser (« Sainte VMA » …)

Le tout emballé dans un grand écran de fumée qui fait qu’on ne sait jamais ce qui est réellement concrètement fait. On est dans le sermon.

Je crois que je vais encore beaucoup rire.
Encore un peu de patience, ça vient !

Les blessures dans le sport : bienvenu au royaume des délires

La blessure est un sujet qui passionne. C’est sans doute cela le vrai problème. Une certaine presse, souvent anglo-saxonne, se spécialise même dans le décompte des blessés, des types de blessures par joueur, par match, par saison, etc. pour en déduire des pertes financières « potentielles ».

C’est hautement… inintéressant, plus assurément débilisant.

Ce qui m’interroge toujours, c’est de constater que ceux qui préconisent des séances dites de « prévention », qui prônent l’entraînement « prophylactique » ne nous précisent jamais « leur » épidémiologie des blessures. Lacune majeure, ils ne sont pour la plupart jamais entraîneur ayant réellement entraîné. Dans ce cas, ils comprendraient sans doute mieux.

Cela m’intéresserait donc fortement de connaître les supports théoriques de ces « préventiseurs » de blessures car je trouve que vouloir les expliquer par la charge d’entraînement et ses variations, selon un ratio bien connu universellement, des seuils de vitesse (de GPS imprécis) qui ne sont jamais individualisés, c’est assurément se moquer, à tout le moins, des sportifs.
Sur une analyse de sang, vous trouvez des VR, vos dernières valeurs. Seule une personne formée et expérimentée pourra analyser avec pertinence votre bilan (bon, soyons honnêtes, dans ce domaine aussi certains se disent capables de comprendre une analyse de sang sans avoir fait un cursus médical. Simplement par une (auto) formation « Internet ». Ça me laisse toujours rêveur)

Dans le sport ?

Vous avez droit à un « ratio », deux/trois totaux de distances au-dessus de seuils dont personne ne sait pourquoi ils ont été définis à ces niveaux, et hop, on subit ensuite des belles corrélations qui objectivement ne veulent rien dire quel que soit le r obtenu. Puis on a droit à des poncifs pour souvent, en réalité, vous vendre de la prévention. Le plus « marrant » restant que ces « vendeurs » se font un selfie, avec un message « Fier d’avoir participé… » On est dans le délire. Il faut être un brin naïf pour y croire.

Le plus comique ?

L’abstraction complète qui est faite des contenus des séances. Comment peut-on parler de charge d’entrainement sans parler des contenus ?
Comment peut-on dire que au dessus de 3000 points on se blesse plus qu’au dessus de 2500 points ?

2500 points de charge remplis de contenus totalement inadaptés, mal gérés par les coachs produiront beaucoup plus d’effets délétères que 2500 points de charge de contenus pertinents, gérés par un staff expert.
Comment porter du crédit à des données GPS sans connaitre les biais de cette technologie et l’influence des actions des adversaires ?

Cela me semble évident non ?
Pas pour vous ?
Si ?

Mais alors pourquoi dans toutes les études scientifiques, il n’est jamais fait mention des contenus ?
Pourquoi portez-vous du crédit aux conclusions des études qui ne le mentionnent pas ?

Dans votre métier, vous le savez pourtant bien, des formations similaires ne conduisent pas à des niveaux d’expertise identiques, à ce que vos collègues, vos confrères proposent des contenus identiques aux vôtres.

Alors ?

Nos humbles analyses, sur des centaines de milliers de données, dans différents sports professionnels, de haut niveau, montrent que ce n’est presque jamais la charge d’entraînement qui est le responsable, le catalyseur de la blessure.

Seules des analyses multivariées (analyses factorielles, partitionnement, apprentissage supervisés …) peuvent rendre compte des parts relatives des différentes causes probables, des interactions de causes.
Nous avons constaté que certaines pouvaient être communes à l’ensemble des sportifs, mais que d’autres étaient spécifiques à chacun.

Les blessures sont presque exclusivement apparues suite à des deltas anormaux de trois ou quatre marqueurs, qui « observent » les facteurs qui peuvent perturber la capacité à récupérer. Il semble donc que ce ne soit pas tant la charge d’entraînement (et pas du tout la charge externe) qui soit le problème, mais bien plus la récupération et plus spécifiquement les facteurs qui contribuent à augmenter anormalement les délais permettant aux joueurs de recouvrer suffisamment de capacités pour enchaîner les séances et les compétitions.
Les anciens appelaient cela « l’hygiène de vie ». Le terme est certes trop générique, mais l’idée sous-jacente est loin d’être fausse, très loin.

Nous pourrions vous lister de nombreux cas où nous sommes intervenus à ce niveau, et nous avons pu mesurer les effets produits, grâce à une collecte quotidienne des données.

Mais cela veut surtout dire que savoir adapter les contenus, donner les consignes pertinentes, savoir planifier, savoir programmer, savoir périodiser avec efficacité est déterminant. Ce qui impose de mesurer quotidiennement les effets des efforts dans leur système de contrainte et d’avoir les outils idoines pour le faire. Un travail collégial, fait par des experts métier.

Comment réguler des efforts sans évaluation ?

Comment choisir les stratégies les plus pertinentes sans évaluation ?

Comment le faire sans formation, sans expériences éprouvées, multiples ?

Ces remarques, je les adresse non seulement aux entraîneurs, mais aussi aux staffs médicaux qui assurent la rééducation, c’est-à-dire le retour à l’entraînement. Des protocoles standardisés éprouvés existent, comme il existe des méthodes d’entraînement génériques. Mais comment savent-ils s’ils vont « trop vite », pas « assez vite », s’ils sont dans le « bon tempo » ?
Ces protocoles, ces méthodes ne peuvent évoluer, s’améliorer qui si les prescripteurs mobilisent leur esprit critique, leur doute méthodique, leur « bon sens ».

La blessure donc ?

Arrêtons de caricaturer son épidémiologie. Cela réduira déjà fortement le nombre de gourous, de prosélytes, de sermons, qui se vantent de détenir la recette miracle, et qui s’empressent de vous vendre des « techniques » identifiables par des initiales et bien sûr les formations associées.
Ce sont aussi des champions de la dépose photographiée de la cerise sur le gâteau.

Ils sont surtout dangereux pour le sportif car ils les enfument en faisant passer ceux travaillent avec probité et compétences pour des incompétents.

Les blessures sont essentiellement les effets d’une inadéquation entre les capacités, les aptitudes, les efforts et le sytème de contraintes, à un instant t, pour lesquelles des signaux d’alerte ont été émis, et que nous ne savons encore pas bien percevoir.

Cela suppose donc de savoir évaluer les capacités, les aptitudes, détecter leurs problèmes éventuels pour les réduire ou les faire disparaitre. Mais attention ! Car là aussi, on assiste à quelques positions surprenantes : celles des adeptes de la suppression des « déséquilibres ». Avoir des lectures phylogénétiques et ontogénétiques favoriseraient certainement une prise de recul salutaire sur les effets potentiellement préjudiciables des « déséquilibres », qu’il conviendrait d’ailleurs de définir clairement. Certains méritent des corrections, d’autres non.

Cela suppose aussi d’identifier les contraintes, chaque jour.

Cela suppose également de savoir proposer des contenus adaptés, à chaque séance, toute l’année, toute la carrière. L’expertise métier !

Cela ne reste que mon humble avis.