Dans les sports collectifs, sans gps, sans cardio, sans tracking vidéo, peut-on avoir peu de blessés ?

La réponse ? Bien sûr que OUI !

PS : merci à ceux qui pensent que « NON » d’en faire la démonstration.

Avec mon ami Thomas Joubert, nous faisons depuis des années un suivi quotidiens de nombreux marqueurs de footballeurs professionnels. Thomas note à chaque séance les joueurs « indisponibles », c’est-à-dire ceux qui ne peuvent pas participer la séance collective. Ils peuvent parfois faire une séance individuelle adaptée.

Nous faisons des statistiques entre tous les marqueurs et ces indisponibilités. Voici un graphique. Vous y trouverez les indisponibilités par semaine d’une équipe de footballeur pro et le volume hebdomadaire. Si vous avez l’oeil vous comprendrez. Les experts apprécieront noteront le très très faible taux de joueurs indisponibles.Tout ça sans GPS, ni cardio.

Et pour ceux qui pensent que la « fatigue » est un problème, regardez.

La fatigue vous protège !

Si vous n’êtes pas fatigués c’est que vous ne vous entrainez pas assez !!
Message à ceux qui n’arrêtent pas de « vendre » la récupération et les techniques idoines, à tous les coins de rue : vous blessez vos sportifs.

Quelle bétise de mettre en balance « Fitness » et « Fatigue ». C’est contre productif d’opposer « Etat de forme » et « Fatigue ».

Vous verrez que vous aurez plus souvent des blessés après un jour de repos complet (plus encore après deux jours) qu’après une journée d’entrainement.

Deux raisons principales peuvent expliquer qu’il y ait plus souvent des blessés après un repos complet qu’après un jour d’entrainement:

– La première, c’est que les joueurs, pour peu qu’ils en aient les moyens financiers, en profitent pour se faire des « extras » qui nuisent à leur récupération (j’ai vu des joueurs prendre des jets privés pour se faire un shopping dans une autre capitale)

– La deuxième, la plus majoritaire et la plus fréquente, est qu’une ou deux journées de récupération complètes font baisser l’activation à des niveaux très bas car le sportif pro récupère très très vite.

Cela imposerait une remise en activité lente et progressive pour les séances de reprise. Hélas, comme les sportifs ont eu deux jours et qu’il y a match toute les semaines, les staffs reprennent très souvent trop vite trop fort. Le delta entre les valeurs d’activation de repos et les valeurs de la journée de reprise étant très important, le risque est alors très élevé. Et le risque élevé se traduit par un nombre de blessés élevé.

Si on mesure plusieurs perceptions de joueurs à chaque séance (ce que nous faisons), cela se traduit très bien. Beaucoup de joueurs précisent même qu’ils ont plus de difficultés à reprendre après deux journées de repos qu’une journée.

A chaque fois que nous avons augmenté la fréquence des séances (doubler dans la journée, plusieurs jours), sans augmenter le volume hebdo, nous avons réduit le nombre d’indisponibilités. A chaque fois que nous avons réduit le nombre de jours de repos, le nombre d’indisponibilités a diminué. Quand nous les avons augmentés, le nombre d’indisponibilités à augmenté les deux semaines qui suivent. Pour cela que nous donnons (rarement) deux jours de repos loin des matchs, presqu’exclusivement lors des trêves internationales…et que nous veillons à avoir des niveaux élevés d’intensité d’entrainement.

Pour résumer :

Un sportif est capable de s’entrainer tous les jours, plusieurs fois par jour, pour peu qu’on sache bien gérer les efforts (les niveaux d’activation). Ce sont les efforts mal gérés qui sont accidentogènes. Pour cela il faut mesurer les effets cumulés différés, et surtout tenir compte du contexte. Dans ce cas, le contexte prime sur les effets, et donc les joueurs se blessent plus.

D’une manière générale

Les sportifs pro s’entrainent aussi trop peu, et trop peu intense, ce qui amplifie ce phénomène. Leur base de travail étant faible, le risque est « exponentialisé ». Les staffs sous-estiment énormément la capacité d’entrainement des sportifs et surtout les progrès qu’ils font durant l’année. Vous verrez que la plupart des staffs pense que plus le championnat avance, plus les joueurs fatiguent. Quel intérêt de s’entrainer alors ??

Vous l’avez compris, tout se joue sur la capacité du staff à mesurer les efforts (l’activation) et les effets cumulés différés dans leurs contextes de réalisation, et à savoir analyser ces données.

Le chemin sera encore long pour réconcilier les chercheurs et les entraîneurs

Je reste interrogatif devant les protocoles de beaucoup d’études, comme à la lecture de leurs conclusions. Protocoles, analyses statistiques et conclusions qui me semblent très souvent démontrer une non prise en compte de ce qu’est l’entrainement de haut niveau, des efforts et surtout des cinétiques des effets différés cumulés associées.
 
L’expertise-métier reste selon moi un pré-requis déterminant majeur pour concevoir des protocoles en phase avec les réalités du monde sportif, qui plus est de haut niveau, avec une fréquence d’entrainements importante. Cela détermine également la pertinence des outils statistiques.
 

L’étude

Internal training load and its longitudinal relationship with seasonal player wellness in elite professional soccer.
Clemente FM, Mendes B, Nikolaidis PT, Calvete F, Carriço S, Owen AL.
Physiol Behav. 2017 Oct 1;179:262-267. doi: 10.1016/j.physbeh.2017.06.021. Epub 2017 Jun 28
 
Monitoring internal training load has been extensively used and described within team sport environments, however when compared to internal physiological measures such as heart rate (HR) and rating of perceived exertion (RPE), the literature is sparse.
 
The primary aim of this investigation study was to assess differences of playing position on ITL, session-RPE and wellness across two different training microcycles (1 vs. 2 competitive games), in addition with examining the relationship between ITL and Hooper’s Index across an entire season.
 
Thirty-five professional soccer players from the Portuguese premier league participated in the study (25.7 ± 5.0 years; 182.3 ± 6.4 cm; 79.1 ± 7.0 kg).
 
Analysis of variance revealed higher values of DOMS (Means(M): 3.33 vs. 3.10; p = 0.001; effect Size (ES) = 0.087), fatigue (M: 3.18 vs. 2.99; p = 0.001; ES = 0.060) and HI (M: 11.85 vs. 11.56; p = 0.045; ES = 0.034) in 2-game weeks compared with 1-game weeks. Correlation between ITL and HI levels found significant negative correlations between ITL and DOMS (ρ = − 0.156), ITL and sleep (ρ = − 0.109), ITL and fatigue (ρ = − 0.225), ITL and stress (ρ = − 0.188), and ITL and HI (ρ = − 0.238) in 2-game weeks.
 
Results from 1-game microcycle only highlighted negative correlations between ITL and stress (ρ = − 0.080). It was concluded from the study that greater fatigue potential, muscle soreness, stress and ITL was significantly more apparent within a 2-game microcycle.
As a result, care should be taken when planning the lead into and out of a 2-game fixture microcycle highlighting key specific recovery strategies to damped the increased stress effect. Additionally, the potential utilization of squad rotation strategies may be a positive approach with aim of managing the fatigue effect.
Que peut-on dire ?
« L’effect size », la taille d’effet, coté « statistique ».

La valeur test est très sensible à la taille de l’échantillon. Sur les grosses volumétries, les valeurs test prennent des valeurs très élevées, indiquant systématiquement des écarts « significatifs ». La valeur test dépend de la taille absolue du groupe et non de sa taille relative.

La taille d’effet est une mesure descriptive qui ne permet pas à elle seule de porter un jugement sur la significativité de l’écart entre les moyennes. Il est donc préférable d’employer la taille d’effet que lorsqu’on a déjà démontré que la différence de moyenne entre les groupes est significative.
Dans ce contexte, cela veut dire que la différence entre les moyennes de groupe n’est pas le fruit du hasard. Le d de Cohen indique la force d’un effet hypothétique. Encore faut il démontrer que cet effet existe vraiment. Afin de savoir si l’écart de moyenne entre deux sous-groupes d’une population est le fruit du hasard, on emploie un test statistique, comme un test t, ou, lorsque la population n’est pas distribuée sur une courbe normale, un test de Kolmogorov-Smirnov.

Pour ceux que cela intéresse voici deux références qui peuvent vous intéresser, par des experts du domaine:

« L’effect size », la taille d’effet, coté « entraînement »

La taille d’effet est une mesure descriptive employée pour indiquer la taille de l’effet, qui correspond ici à la différence entre deux moyennes, divisée par l’écart-type (d de Cohen).

Et alors ?
L’écart type est une mesure de la dispersion d’une variable aléatoire. Il est une mesure de dispersion de données. Un écart-type élevé indique que les valeurs sont très écartées les unes des autres.

C’est là que les interrogations commencent à pointer le bout de leur nez car les réactions de l’organisme à l’effort ne sont pas linéaires. Elles ne le sont jamais.

Elles sont le plus souvent non linéaires, non monotones.

Elles oscillent de manière sinusoïdale selon des périodes et des amplitudes variables sous l’effet des efforts que le sportif fait mais aussi du contexte dans lequel il les fait et selon ses capacités affectives, cognitives, spirituelles du moment. Ce sont des oscillations harmoniques amorties.

L’homéostasie, la chronobiologie montrent que les éléments constitutifs de notre corps varient beaucoup selon des périodicités ultradiennes, circadiennes, infradiennes mais aussi en réaction à des stimuli de différentes natures dont font partie les contenus d’entrainement.

Vous pouvez le constater sur ce graphique, les pressions artérielles diastoliques et systoliques varient beaucoup entre 8h00 et 20h00. De 130 mmHg à 200 mmHg pour la pression artérielle systolique.

Utiliser la taille d’effet sans avoir objectivé ces différents stimuli peut interroger. Personnellement cela m’interroge beaucoup.

D’autant que ces adaptations sont par nature transitoire et évolutives. Il suffit de lire les études sur le désentrainement pour en mesurer l’importance.

Bien connaitre les réactions « normales » de l’organisme, mais aussi les réactions de l’organisme aux efforts répétés chez le sportif de haut niveau sont donc un pré-requis très important pour choisir ses tests statistiques car sinon vous trouverez toujours un effet.

Je ne peux pas adhérer à cette conclusion.

« … care should be taken when planning the lead into and out of a 2-game fixture microcycle highlighting key specific recovery strategies to damped the increased stress effect. »

« It was concluded from the study that greater fatigue potential, muscle soreness, stress and ITL was significantly more apparent within a 2-game microcycle. »

Premièrement, ce n’est pas du tout ce que nous trouvons avec les équipes de football professionnelles avec lesquelles nous travaillons. Pas plus avec les équipes de basket, de volley, de handball et de rugby qu’ils s’agissent de femmes ou d’hommes.

Regardez les graphiques de cette équipe de football professionnelle. Cinq matchs en dix-sept jours.

Les cotations du cinquième match à domicile sont sensiblement plus hautes car l’adversaire avait fait des choix tactiques visant à obtenir le match nul. Cela se mesure bien avec les marqueurs liés à l’activité.

Les douleurs ? Regardez.


Pourquoi je n’adhère pas donc ?

Simplement parce qu’il y a deux manières pour améliorer la récupération, la capacité à echaîner les efforts:

1- s’entrainer beaucoup, toujours plus toujours mieux pour la compétition, l’enchaînement de compétitions sont perçus comme « faciles », à tout le moins surtout pas « difficiles ».
2- favoriser un retour rapide aux valeurs dites « normales » par utilisation de techniques bien connues à l’efficacité parfois en cours de validation scientifique. Il s’agit de l’hydratation en quantité suffisante, des massages, des contrastes thermiques …

S’entrainer plus est le moyen le plus efficace, surtout pour maintenir un niveau élevé de capacité de performance toute la saison.
Les techniques de récupération additionnelles seront plus utiles pour des événements ponctuels (tournois). L’erreur serait de les utiliser comme moyen pour mieux récupérer au cours de la saison. Car vous vous installeriez dans des logiques de sous entrainement.

Personnellement, les saisies de 15 marqueurs de tous les sportifs professionnels de sports collectifs (plus de 200) montrent que l’enchainement des matchs n’est pas ce qu’ils perçoivent comme plus fatiguant, plus stressant, plus douloureux. Au contraire.

Très certainement, parce qu’ils y ont été préparés avec efficacité. Le mérite en revient aux staffs et aux joueurs d’avoir compris que pour récupérer plus vite, pour enchainer mieux les efforts, il faut s’entrainer toujours plus et avoir une période de préparation beaucoup plus difficile que celle de compétition.

Cela ne reste que mon avis

Dans les app, les « trucs » qui me font le plus marrer

Le marché des applications de suivi de ce qui est communément appelé la charge d’entrainement est parfois surprenant. Vous pouvez assister à des « choses » assez surréalistes.

Eexemple 1

Chaque joueur saisit ses perceptions (par exemple, la fatigue) puis le logiciel la compare à la moyenne de l’équipe. Si la saisie du joueur est au-dessus de la moyenne de l’équipe, il est plus fatigué et le conseil donné est qu’il doit récupérer car il est moins en forme que l’équipe. Si sa saisie est en dessous il doit bosser plus. La bêtise à l’état pur. Du nectar de bêtise. Utiliser la fatigue subjective d’un joueur par comparaison avec la moyenne des fatigues perçues des autres joueurs, c’est du haut niveau. Cela montre que celui qui vous a vendu l’app ne comprend vraiment rien, qu’il n’a jamais entrainé. Votre niveau fatigue ne dépend pas de celle perçue par les autres. Dans notre exemple, votre niveau de fatigue, et donc les contenus proposés par l’entraineur peuvent varier du simple fait que la moyenne de l’équipe varie. Le gag. Avec un même niveau de fatigue, le lundi on vous dit que vous devez récupérer, et le mardi que vous devez bosser. C’est pas beau ça ?

Exemple 2

Les joueurs saisissent RPE, le sommeil, la fatigue, les douleurs. Mais qui vous dit que ces marqueurs sont les bons ? Qu’ils vous donnent les informations les plus pertinentes ? Au contraire, qu’ils ne vous donnent pas de faux signaux ? Votre app vous aide pour cela ? Elle vous met à disposition des outils pour le savoir ? Le vendeur vous a informés de cela ? Je connais la réponse, ne vous fatiguez pas. Le choix des marqueurs est éminemment un moment stratégique, évolutif, dépendant de votre sportif, de vos structure.

Le nombre de marqueurs ? Vous vous êtes posés la question ? On vous a donné de l’information sur ça ? Vous le voyez, si vous voulez être performant, il faut vous impliquer dans le processus, vous devez être accompagné.

Exemple 3

On vous dit que les joueurs doivent saisir avant et après la séance. On vous a dit pourquoi ? On vous a précisé quelles informations vous alliez avoir, ou pas ? On me dit « C’est pour calibrer la séance. S’il a des douleurs, mal dormi cette nuit je peux réguler ». Mais, je ne comprends pas, si vous avez analysé avec pertinence vos données, si vous avez compris ce que veut dire multivarié, suite temporelle, chaque jour, vous savez déjà qu’il n’allait sans doute pas aller bien non ? Surtout vous avez déjà une idée des causes probables non ? Quand le symptôme apparait, c’est trop tard. Cela veut dire que vous ne l’avez pas vu venir, que vous ne collectez pas suffisamment.

Pour être franc avec vous, celui qui vous a demandé de faire cela a démontré qu’il n’avait rien compris aux perceptions, à la subjectivité, au traitement heuristique systématique, à la temporalité qui sont l’essence même de l’art d’entrainer. Tout l’art de l’entrainement, de la planification, c’est de prévoir, ce n’est pas de subir.

Ce qui me gêne beaucoup

C’est que les vendeurs d’app et de logiciels de suivi surfent sur votre méconnaissance, sur vos angoisses, votre stress, pour vous vendre à des prix délirants des app qui le plus souvent vous induisent en erreur, ne vous servent concrètement à rien, pire produisent les effets inverses de ceux escomptés.

On vous leurre

Les « datas », le « big data », le « data-mining » ? Les données, leurs analyses multivariées, sont vieux comme le monde. Le fait que ce soit exprimé en anglais n’apporte pas plus de valeurs, de nouveautés. Il en va de même pour les logiciels, les technologies. Ne vous faites pas avoir.

Si vous cherchez à être plus performant ?

C’est par la compréhension, la compétence à savoir quelles données collecter, comment les analyser, comment les expliquer, que vous y arriverez. Ce n’est pas en faisant une confiance aveugle à des copains-actionnaires (même s’ils sont en postes dans des structures pros, ou « collaborent » avec des médaillés olympiques) qui vous disent que l’app est géniale, alors qu’ils ne l’utilisent pas dans les faits.

Si vous cherchez à justifier votre poste, c’est par les résultats que vous le ferez, pas par l’achat d’une app. Soyez fourmi, surtout pas cigale.

On vous ment trop souvent

On vous prend trop régulièrement pour des vaches à lait. 100 euros par mois par joueur, soit entre 2 500 et 3 000 par mois pour une équipe de sport collectif ?
Vous avez quoi à ce prix-là ?
Une app qui vous fait des beaux graphiques avec un bel agenda ?
Qui vous absorbe vos données GPS ?
Qui vous calcule la monotonie de Foster ?
J’ai des crampes tant je ris.

Ce n’est pas une app qui vous donnera les réponses.

C’est votre intelligence. D’où l’importance de vous former régulièrement avec des experts, qui font, testent ce qu’ils disent, vous le montrent, vous le prouvent. Aujourd’hui le monde de l’entrainement possède plus de « professeurs » donneurs de leçons, que d’entraineurs agissant.

Si vous devez payer pour quelque chose

C’est pour de l’expertise, qu’on vous forme à le devenir. Pas pour une app sans aucune plus value qu’un tableur ou un Google Form.

Sinon vous serez comme tous ceux qui utilisent un clavier. Toute votre vie vous utiliserez 2 ou 4 doigts et vous serez un expert de la touche « supprimer » ou du raccourci ctrl+Z. Mais, vous le ferez chaque année sur un nouveau clavier plus performant. A la même vitesse.

Alors, on peut me reprocher d’être direct et cash, car il semble en effet qu’être obséquieux, courtisanesque, flatteur soit la norme. Mais je crois que l’ignorance est un vrai problème. C’est pour la réduire que l’information, la formation, l’instruction existent et doivent s’améliorer.

Cela ne reste que mon avis, jusqu’à preuve du contraire.

Les multiples dangers de la charge d’entrainement

Il n’est jamais inutile de rappeler deux préceptes :

– corrélation n’est pas causalité
– comparaison n’est pas raison

Je suis toujours aussi surpris par cette logorrhée scientifique sur la charge d’entrainement. Elle est devenue depuis quelques années le concept à la mode, l’outil incontournable. On lui fait dire n’importe quoi, on l’accuse de tous les maux. Cela en est devenu risible.
Pour quelques chercheurs, c’est même devenu un business. Ils vendent leur « outil » soi-disant validé scientifiquement, en survantant leur capacité à réduire le risque de blessure. Ils manipulent les entraineurs en agitant le chiffon rouge, en surfant sur leur peur des blessures.
C’est affligeant. Le peur de la blessure est devenue un objectif plus important que la capacité à performer. Le monde à l’envers.

Dans sa forme la plus simple, la charge d’entrainement est le produit de la durée par l’intensité, originellement d’une « quantité » par une « qualité ». C’est une référence non masquée à la relation intensité-durée qui détermine les parts relatives des métabolismes de resynthèse de l’ATP.

Dans notre exemple, l’intensité est mesurée avec une échelle visuelle analogique, sans texte, ni marque, ni icônes.

Les plus habiles l’ont déjà observé, la charge d’entrainement varie dans la grande majorité à l’instar de la durée. L’intensité, notamment dans les sports collectifs étant bien plus une constante qu’une variable. Des raisons culturelles expliquent cela, mais surtout des considérations caricaturales sur les effets des hautes intensités sur les blessures. Il ne faut pas oublier que beaucoup d’entraineurs pensent que faire des exercices intenses cause plus de blessures que faire des exercices peu intenses. Pourtant le nombre de blessures musculaires en matchs est plus faible comparativement aux entrainement, lorsque l’on regarde le nombre d’efforts faits à hautes intensités. Corrélation n’est pas causalité !

La charge n’est le plus souvent qu’une durée.

Pour nous qui suivons de nombreuses équipes, de nombreux sportifs, la durée conditionne la charge d’entrainement  dans 90% des situations (c’est d’ailleurs ce qui nous a amené à l’abandonner au profit d’autres marqueurs.)

Quoi qu’il en soit, prévoir les effets des efforts reste une compétence incontournable qui conditionne la capacité à performer comme la capacité à réduire le risque de blessure.

Regardez les graphiques hebdomadaires de notre équipe de sport collectif professionnel en période de préparation.

Les durées hebdomadaires varient. Même beaucoup :
– 16h en S34,
– 22h en S35,
– 12h en S36,
– 18h en S37,
– 14h en S38

Que pouvons nous-constater ?

1- Les variations de durées n’induisent pas de variations idoines de fatigue, de dynamisme et de récupération.
2- La fatigue, le dynamisme et la récupération semblent suivre les mêmes tendances, qui semblent elles bien plus en relations avec l’intensité moyennes (cf graphique 1)
3- L’augmentation importante de la durée en S35 n’a pas été accompagnée  d’une augmentation de la fatigue en S35 ni S36. De même pour l’augmentation en S37.

Vous voyez où je veux en venir ?

1- L’intensité est le stimulus principal. Il est le facteur qui mobilise le plus les ressources, qu’elles soient physiologiques, musculaires, cognitives, affectives … Plus vous élevez l’intensité, plus vous activez l’organisme.
1 bis – Pratiquer des intensités d’entrainement à des niveaux différents de ceux des matchs diminuera votre capacité à performer car vous ne préparez pas vos joueurs aux efforts des matchs, et augmentera donc beaucoup le risque de blessures.
2- La durée est un « amplificateur ». Mal utilisée, elle catalyse le niveau d’activation au point d’activer trop fort, ou trop longtemps, avec les risques inhérents que sont les baisses de performances et l’augmentation du risque de blessures.
2 bis –  Un volume hebdomadaire insuffisant sera un catalyseur encore plus important. Chaque stimulus risquant de dépasser les capacités du sportif.

Dans notre exemple

Le coach a très bien géré. Il aurait pu monter le volume en S36. C’est d’ailleurs ce qui se fait classiquement (la fameuse pyramide). Il a préféré baisser de manière importante le volume. Cette baisse a favorisé les adaptations de l’organisme. Elle lui a permis d’assimiler le travail fourni en S34 et S35.
Cette baisse lui a permis de remonter le volume en S37 et S38.
In fine, le volume global sur les cinq semaines est important avec des niveaux de fatigue, de dynamisme, et de récupération propices à un travail technique et tactique profitable.
Il est certain qu’une hausse en S36 aurait vu le nombre de blessures augmenter. C’est le constat que nous faisons systématiquement.

Le coach a bien mis en oeuvre le principe de variété.
Principe qui, pour rappel, est basé sur les oscillations sinusoïdales qui caractérisent le fonctionnement de notre corps. Oscillations que l’homéostasie et de la chronobiologie mettent en évidence notamment. Dans son cas, le coach a su trouvé la bonne période de l’oscillation.

Une autre approche de l’entrainement.

Une approche stratégique qui ne se centre pas sur la charge mais sur les relations entre les efforts et les effets pour mettre le sportif dans une zone d’activation optimale pour développer la maitrise technique et la maitrise tactique.

 

Des efforts prévus et des efforts perçus (suite)

Les entraineurs habiles s’étaient fait la remarque.
Des effets linéaires pour des efforts linéaires ?
Bien sûr que c’est possible !
Que oui !
 

Avec un autre groupe, j’ai repris le même protocole. Par contre j’ai ajusté, calibré, les temps de récupération, c’est-à-dire que je les ai fait varier pour obtenir le plus possible des perceptions linéaires à chaque variation de vitesse du 200 mètres.

De 1’15 à 8 km/h, je suis allé progressivement jusqu’à 5 minutes pour 20, 19 et 18 km/h de la phase descendante. Puis je suis redescendu progressivement à 1’15 pour la fin de l’exercice.


En ajustant les temps de récupération aux intensités proposées, il est donc parfaitement possible d’avoir des effets plus proches des efforts prévus.
 

Des niveaux d’intensités relatives élevées et variées doivent donc vous amener à faire varier vos temps de récupération dans la série et dans la séance, en fonction des capacités du moment des sportifs (on le voit ici, une différence importante existe entre les filles et les garçons).

Avoir des temps de récupération constants n’est ni pertinent, ni efficace. Les ratios temps de travail/temps de récupération doivent intégrer les intensités des efforts.

Comment ai-je fait ?
Mais c’est très simple !
Je suis certain que vous le faites aussi.

J’ai attendu que chaque étudiant retourne juste dessous la limite d’aisance ventilatoire. Qu’ils ne soient plus vraiment essoufflés.
Une régulation à l’oeil !
Rien ne remplace un entraineur, sa présence sur le terrain.
Mais ça vous le savez.
Aucune technologie ne peut le faire, car elle n’est n’est jamais systémique et peut vous tromper.
L’inertie ?
Elle est inévitable. Elle est liée au fonctionnement de notre organisme. Il n’est ainsi pas possible de déplacer une masse sanguine suffisante pour répondre notamment aux exigences et contraintes métaboliques en une seconde. La vasomotricité, le débit sanguin, la viscosité, nécessitent quelques dizaines de secondes.
C’est la raison d’être du métabolisme anaérobie.
Elle est donc plus ou moins rapide suivant le niveau d’expertise. Un expert a une inertie très courte (de l’ordre de 30 secondes), un débutant a une inertie plus longue (qui peut durer plusieurs minutes). Cela conditionne la capacité à enchainer les efforts.
 

Tous ces constats doivent vous inciter à vous interroger sur la pertinence de proposer du renforcement musculaire par répétitions comme on peut le voir hélas dans 99% des programmes proposés.

Mais ça, c’est une autre « étude » que je vais bientôt vous livrer. Vous verrez que proposer N séries de X répétitions peut amener des sportifs à avoir des temps de travail très différents et donc des effets qui peuvent aller de la régénération, à l’entretien, au développement.

Bien à vous

Des efforts prévus et des efforts perçus

C’est une problématique majeure de l’entraînement.  Une problématique qui est le Graal de tous les entraîneurs. Une problématique qui passionne, qui déprime, qui pousse à connaître toujours plus, qui détruit, qui parfois pousse à étudier le microscopique et à négliger le macroscopique, qui … qui … qui …

Mais quelle est donc cette problématique me direz-vous ?

C’est si évident que vous n’y pensez pas, que vous avez cherché loin, ce qui était tout proche.

C’est la problématique qui consiste à comprendre les relations entre un stimulus et une réponse, entre un effort prévu et un effort réalisé, un effort perçu.

Autrement formulé, cela consiste à comprendre la complexité des relations qui unissent les efforts prévus par l’entraîneur et les effets réellement produits sur le sportif qui les pratique, dans leurs environnements de réalisation.

Pour se faire, et ainsi mieux le comprendre, des étudiants en STAPS ont fait un TP sur le terrain, sur la piste d’athlétisme couverte.

Je vous livre l’exercice dans ses grandes lignes :
  • Courir 25 fois de suite sur une distance de 200 mètres à différentes vitesses variant de 6 à 20 km/h.
  • La vitesse augmentait de 1 km/h (sauf pour les vitesses inférieures à 10 km/h) jusqu’à 20 km/h pour diminuer ensuite de 1 km/h et revenir à la vitesse initiale de 6 km/h.
    Les temps de course variaient de 2 minutes à 36 secondes, sous une forme pyramidale.
  • Les temps de récupération entre chaque 200 mètres variaient entre 1’15 et 1’30. Le temps de récupérer les valeurs de perception de l’effort. À la fin de chaque 200 mètres, chaque étudiant communiquait la valeur de perception de l’effort de 1, très facile, à 10 très difficile) qui lui semblait le mieux correspondre à ce qu’il percevait.
Qu’obtenons-nous ?
Regardez le graphique. C’est passionnant.
  • Des efforts prévus linéaires produisent donc des effets non linéaires. Alors que l’effort prévu proposé est linéaire, les effets (les efforts perçus) ne le sont pas. Ces derniers se distribuent suivant une loi dite « normale » centrée réduite. Il en serait de même pour un courbe de fréquence cardiaque.
  • L’effort prévu maximum ne correspond pas à des effets maximums réalisés. Les effets maximums se produisent pour des efforts non maximums et non pas systématiquement pour les efforts maximums prévus. C’est principalement dû à l’accumulation des efforts précédents, l’expression des effets cumulés différés.
  • Les effets sont individuels. Pour le comprendre regardez l’histogramme qui représente la moyenne du groupe, puis les courbes moyennes des garçons et des filles. Il n’est pas difficile de comprendre que les efforts proposés aux filles ont été plus difficiles que ceux proposés aux garçons, et que cela à accentué le déphasage entre les pics d’efforts proposés et les pics d’effets.
  • Les effets sont transitoires et évolutifs. Pour le constater, regardez les deux courbes en tirets en bas à droite. Elles représentent l’écart de cotation entre des vitesses identiques. Par exemple entre 11 km/h au début de l’exercice et 11 km/h à la fin de l’exercice. Ici aussi nous pouvons constater la différence entre les filles et les garçons. Une même vitesse ne produit pas un même effet perçu.
  • Les effets sont très dépendants des ratios temps de travail/temps de récupération. Des temps de récupération adaptés, variables avec l’intensité, permettent des faire mieux correspondre les efforts et les effets. Une augmentation des temps de récupération pour les vitesses de 20 à 16 km/h aurait dans notre cas très certainement favorisée une synchronisation des pics.
  • Il y aurait encore beaucoup de choses à dire dans l’analyse détaillée, étudiant par étudiant. Notamment sur leur niveau d’expertise respectif dans la pratique physique et sportive.

 

Vous le voyez, un exercice simple, sur le terrain, permet de mieux comprendre que :
  • certaines évidences ne le sont pas.
  • les relations qui unissent efforts et effets sont multifactorielles et complexes.
  • les relations entre les efforts objectivés et des effets subjectivés. Les deltas sont importants et porteurs d’informations profitables pour concevoir les stratégies et contenus d’entraînement.

Vous comprenez alors tous dangers d’utiliser les technologies actuelles sans être lucides, sans avoir été formé à l’analyse de leurs données. Un suivi de nombreux marqueurs, notamment perceptifs, à chaque séance est indispensable pour espérer performer plus et mieux et réduire le risque de blessure.

Bien à vous

Que dit la science à ce sujet ?

Les marqueurs subjectifs sont difficiles à interpréter

D’une manière générale, il faut comprendre que les marqueurs subjectifs sont un peu comme les couleurs primaires pour un peintre : c’est en les combinant que l’on trouve les autres couleurs, pour faire une peinture qui suscite émotions et plaisir.

Tout l’art consiste à trouver les bonnes couleurs primaires 
(à trouver les bons marqueurs)

UN EXEMPLE ?

Votre sportif dit qu’il dort mal. Que vous apporte cette information ?
Rien, si vous n’avez pas d’autres marqueurs. Mais lesquels ?
Cela renvoie aux causes d’un mauvais sommeil qui sont multiples.

UN AUTRE EXEMPLE ?

Votre sportif déclare être de mauvaise humeur. Vous en concluez quoi ?
Rien, car il y a des dizaines de raisons d’être de mauvaise humeur.

ENCORE UN AUTRE ?

Votre sportif déclare des douleurs, d’intensités différentes. Vous en concluez quoi ?
Rien, car l’épidémiologie de la douleur est complexe et surtout n’est pas systématiquement un précurseur de la blessure.

LE DANGER ?

Conclure trop rapidement sur la base de clichés, de caricatures.

CE QUE VOUS DEVEZ TROUVER ?

Ce sont les marqueurs qui influencent le plus la performance, le retour à l’entrainement, à la compétition.
Mais vous devez aussi savoir combiner ses marqueurs pour trouvez les informations « cachées ».
Impossible alors de ne pas avoir les « outils » idoines.

TRAININGLOAD PRO ?

C’est une expertise éprouvée dans tous ces domaines.

VOUS LE VOYEZ.

Collecter et analyser les perceptions des sportifs, cela demande de longues années d’analyses, de recherches, d’expériences, dans plusieurs sports.

Faut-il saisir ses perceptions avant et après la séance ?

Plusieurs préparateurs physiques et kinés me demandent s’il faut faire saisir le matin, avant la séance ? Puis après la séance.

Ma réponse est, et sera, toujours la même.

BIEN SÛR QUE NON

Si votre « espoir », c’est de croire que le matin vous aurez les informations toutes fraîches de la nuit, comme les infos de BFM TV, c’est que
– vous n’analysez pas vos données.
– vous n’avez pas compris l’intérêt du data-mining et des séries temporelles,
– vous ne comprenez pas ce qu’est le sommeil, ce qu’il envoie comme messages.

MAIS PIRE

– vous n’avez pas bien compris ce que sont des effets cumulés différés des efforts pour performer.
– vous ne maitrisez pas l’épidémiologie des blessures.
– vous programmez dans l’instant, en réaction, et c’est vraiment pas bien 

PETITE HISTOIRE POUR MIEUX COMPRENDRE

Vous vivez dans le sud de la France. Un matin, vous ouvrez vos volets, vous voyez le feu débuter dans la pinède à coté de chez vous. Vous téléphonez en urgence aux pompiers, puis vous essayez à votre niveau, d’éteindre le feu.
Par chance, les pompiers et vous arrivez à circonscrire le feu et l’éteindre.
Heureusement que vous avez ouvert les volets tôt le matin !!
Ca ? C’est réagir !
Mais si vous aviez planifier, périodiser, programmer, c’était, à l’automne, pendant l’hiver, défricher, repérer les zones et les comportements à risques, mettre des panneaux d’avertissement, prévoir des réserves d’eau ici et là, car vos expériences précédentes, l’évolution des températures récentes, de la pluviométrie vous avaient alertées !
Ca ? Cela s’appelle prévoir, réfléchir, anticiper, analyser les faits passés !

Chacun son style !! Il y a ceux qui réagissent et ceux qui agissent.

LES SIGNAUX ?

ILS ARRIVENT PLUS TÔT QUE VOUS NE LE PENSEZ.
IL FAUT SAVOIR LES REPÉRER.
ET CELA NE SE FAIT PAS « À L’OEIL » !

Mais je suis ouvert à tout, surtout à une bonne argumentation théorique, croisée avec l’analyse de vos données.