Les multiples dangers de la charge d’entrainement

Il n’est jamais inutile de rappeler deux préceptes :

– corrélation n’est pas causalité
– comparaison n’est pas raison

Je suis toujours aussi surpris par cette logorrhée scientifique sur la charge d’entrainement. Elle est devenue depuis quelques années le concept à la mode, l’outil incontournable. On lui fait dire n’importe quoi, on l’accuse de tous les maux. Cela en est devenu risible.
Pour quelques chercheurs, c’est même devenu un business. Ils vendent leur « outil » soi-disant validé scientifiquement, en survantant leur capacité à réduire le risque de blessure. Ils manipulent les entraineurs en agitant le chiffon rouge, en surfant sur leur peur des blessures.
C’est affligeant. Le peur de la blessure est devenue un objectif plus important que la capacité à performer. Le monde à l’envers.

Dans sa forme la plus simple, la charge d’entrainement est le produit de la durée par l’intensité, originellement d’une « quantité » par une « qualité ». C’est une référence non masquée à la relation intensité-durée qui détermine les parts relatives des métabolismes de resynthèse de l’ATP.

Dans notre exemple, l’intensité est mesurée avec une échelle visuelle analogique, sans texte, ni marque, ni icônes.

Les plus habiles l’ont déjà observé, la charge d’entrainement varie dans la grande majorité à l’instar de la durée. L’intensité, notamment dans les sports collectifs étant bien plus une constante qu’une variable. Des raisons culturelles expliquent cela, mais surtout des considérations caricaturales sur les effets des hautes intensités sur les blessures. Il ne faut pas oublier que beaucoup d’entraineurs pensent que faire des exercices intenses cause plus de blessures que faire des exercices peu intenses. Pourtant le nombre de blessures musculaires en matchs est plus faible comparativement aux entrainement, lorsque l’on regarde le nombre d’efforts faits à hautes intensités. Corrélation n’est pas causalité !

La charge n’est le plus souvent qu’une durée.

Pour nous qui suivons de nombreuses équipes, de nombreux sportifs, la durée conditionne la charge d’entrainement  dans 90% des situations (c’est d’ailleurs ce qui nous a amené à l’abandonner au profit d’autres marqueurs.)

Quoi qu’il en soit, prévoir les effets des efforts reste une compétence incontournable qui conditionne la capacité à performer comme la capacité à réduire le risque de blessure.

Regardez les graphiques hebdomadaires de notre équipe de sport collectif professionnel en période de préparation.

Les durées hebdomadaires varient. Même beaucoup :
– 16h en S34,
– 22h en S35,
– 12h en S36,
– 18h en S37,
– 14h en S38

Que pouvons nous-constater ?

1- Les variations de durées n’induisent pas de variations idoines de fatigue, de dynamisme et de récupération.
2- La fatigue, le dynamisme et la récupération semblent suivre les mêmes tendances, qui semblent elles bien plus en relations avec l’intensité moyennes (cf graphique 1)
3- L’augmentation importante de la durée en S35 n’a pas été accompagnée  d’une augmentation de la fatigue en S35 ni S36. De même pour l’augmentation en S37.

Vous voyez où je veux en venir ?

1- L’intensité est le stimulus principal. Il est le facteur qui mobilise le plus les ressources, qu’elles soient physiologiques, musculaires, cognitives, affectives … Plus vous élevez l’intensité, plus vous activez l’organisme.
1 bis – Pratiquer des intensités d’entrainement à des niveaux différents de ceux des matchs diminuera votre capacité à performer car vous ne préparez pas vos joueurs aux efforts des matchs, et augmentera donc beaucoup le risque de blessures.
2- La durée est un « amplificateur ». Mal utilisée, elle catalyse le niveau d’activation au point d’activer trop fort, ou trop longtemps, avec les risques inhérents que sont les baisses de performances et l’augmentation du risque de blessures.
2 bis –  Un volume hebdomadaire insuffisant sera un catalyseur encore plus important. Chaque stimulus risquant de dépasser les capacités du sportif.

Dans notre exemple

Le coach a très bien géré. Il aurait pu monter le volume en S36. C’est d’ailleurs ce qui se fait classiquement (la fameuse pyramide). Il a préféré baisser de manière importante le volume. Cette baisse a favorisé les adaptations de l’organisme. Elle lui a permis d’assimiler le travail fourni en S34 et S35.
Cette baisse lui a permis de remonter le volume en S37 et S38.
In fine, le volume global sur les cinq semaines est important avec des niveaux de fatigue, de dynamisme, et de récupération propices à un travail technique et tactique profitable.
Il est certain qu’une hausse en S36 aurait vu le nombre de blessures augmenter. C’est le constat que nous faisons systématiquement.

Le coach a bien mis en oeuvre le principe de variété.
Principe qui, pour rappel, est basé sur les oscillations sinusoïdales qui caractérisent le fonctionnement de notre corps. Oscillations que l’homéostasie et de la chronobiologie mettent en évidence notamment. Dans son cas, le coach a su trouvé la bonne période de l’oscillation.

Une autre approche de l’entrainement.

Une approche stratégique qui ne se centre pas sur la charge mais sur les relations entre les efforts et les effets pour mettre le sportif dans une zone d’activation optimale pour développer la maitrise technique et la maitrise tactique.

 

4 réflexions sur « Les multiples dangers de la charge d’entrainement »

  1. Bonsoir Stéphane,
    Ces différents graphiques me disent quelque chose 😉
    Je voulais revenir sur l’évolution de l’intensité moyenne. Est-ce pour toi quelque chose de logique/positif que l’intensité moyenne reste constante sur ces 5 semaines ?

    1. Adrian, comme tous les marqueurs ciblant principalement les efforts, ils doivent varier, dans de grandes proportions. C’est un principe séculaire qu’il faut absolument respecter. Ne pas varier les efforts est toujours à termes la cause de baisse de performance, d’augmentation du risque de blessure, car cela est annonciateur du non respect d’un autre principe, celui de spécificité. Dans un match de sport collectif, les joueurs sont confrontés à une grande amplitude d’intensités d’efforts. Ils doivent y être préparés.
      A l’opposé, certains marqueurs ne devraient que peu bouger, à tout le moins dans de petites proportions. Il en va ainsi du bien-être, du sommeil, du plaisir.
      Mais attention, vouloir faire monter l’intensité ne veut pas du tout dire que des exercices de vitesse en quantité plus importante, en qualité plus haute doivent être programmés. Que non. Le problème est bien plus pédagogique.

        1. Julien, trop souvent lorsque l’on parle de « hautes intensités » aux entraineurs ils pensent de suite à « vitesse » et encore plus vite à « blessure ».
          Mais obtenir des hautes intensités peut se faire avec des intensités modérées. Il suffit pour cela de réduire les temps de récupération ! En ce sens c’est « pédagogique » car il suffit de savoir maîtriser les variables espace, temps, nombre de sportifs et types d’événements pour faire varier l’intensité.

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