Dans les sports collectifs, sans gps, sans cardio, sans tracking vidéo, peut-on avoir peu de blessés ?

La réponse ? Bien sûr que OUI !

PS : merci à ceux qui pensent que « NON » d’en faire la démonstration.

Avec mon ami Thomas Joubert, nous faisons depuis des années un suivi quotidiens de nombreux marqueurs de footballeurs professionnels. Thomas note à chaque séance les joueurs « indisponibles », c’est-à-dire ceux qui ne peuvent pas participer la séance collective. Ils peuvent parfois faire une séance individuelle adaptée.

Nous faisons des statistiques entre tous les marqueurs et ces indisponibilités. Voici un graphique. Vous y trouverez les indisponibilités par semaine d’une équipe de footballeur pro et le volume hebdomadaire. Si vous avez l’oeil vous comprendrez. Les experts apprécieront noteront le très très faible taux de joueurs indisponibles.Tout ça sans GPS, ni cardio.

Et pour ceux qui pensent que la « fatigue » est un problème, regardez.

La fatigue vous protège !

Si vous n’êtes pas fatigués c’est que vous ne vous entrainez pas assez !!
Message à ceux qui n’arrêtent pas de « vendre » la récupération et les techniques idoines, à tous les coins de rue : vous blessez vos sportifs.

Quelle bétise de mettre en balance « Fitness » et « Fatigue ». C’est contre productif d’opposer « Etat de forme » et « Fatigue ».

Vous verrez que vous aurez plus souvent des blessés après un jour de repos complet (plus encore après deux jours) qu’après une journée d’entrainement.

Deux raisons principales peuvent expliquer qu’il y ait plus souvent des blessés après un repos complet qu’après un jour d’entrainement:

– La première, c’est que les joueurs, pour peu qu’ils en aient les moyens financiers, en profitent pour se faire des « extras » qui nuisent à leur récupération (j’ai vu des joueurs prendre des jets privés pour se faire un shopping dans une autre capitale)

– La deuxième, la plus majoritaire et la plus fréquente, est qu’une ou deux journées de récupération complètes font baisser l’activation à des niveaux très bas car le sportif pro récupère très très vite.

Cela imposerait une remise en activité lente et progressive pour les séances de reprise. Hélas, comme les sportifs ont eu deux jours et qu’il y a match toute les semaines, les staffs reprennent très souvent trop vite trop fort. Le delta entre les valeurs d’activation de repos et les valeurs de la journée de reprise étant très important, le risque est alors très élevé. Et le risque élevé se traduit par un nombre de blessés élevé.

Si on mesure plusieurs perceptions de joueurs à chaque séance (ce que nous faisons), cela se traduit très bien. Beaucoup de joueurs précisent même qu’ils ont plus de difficultés à reprendre après deux journées de repos qu’une journée.

A chaque fois que nous avons augmenté la fréquence des séances (doubler dans la journée, plusieurs jours), sans augmenter le volume hebdo, nous avons réduit le nombre d’indisponibilités. A chaque fois que nous avons réduit le nombre de jours de repos, le nombre d’indisponibilités a diminué. Quand nous les avons augmentés, le nombre d’indisponibilités à augmenté les deux semaines qui suivent. Pour cela que nous donnons (rarement) deux jours de repos loin des matchs, presqu’exclusivement lors des trêves internationales…et que nous veillons à avoir des niveaux élevés d’intensité d’entrainement.

Pour résumer :

Un sportif est capable de s’entrainer tous les jours, plusieurs fois par jour, pour peu qu’on sache bien gérer les efforts (les niveaux d’activation). Ce sont les efforts mal gérés qui sont accidentogènes. Pour cela il faut mesurer les effets cumulés différés, et surtout tenir compte du contexte. Dans ce cas, le contexte prime sur les effets, et donc les joueurs se blessent plus.

D’une manière générale

Les sportifs pro s’entrainent aussi trop peu, et trop peu intense, ce qui amplifie ce phénomène. Leur base de travail étant faible, le risque est « exponentialisé ». Les staffs sous-estiment énormément la capacité d’entrainement des sportifs et surtout les progrès qu’ils font durant l’année. Vous verrez que la plupart des staffs pense que plus le championnat avance, plus les joueurs fatiguent. Quel intérêt de s’entrainer alors ??

Vous l’avez compris, tout se joue sur la capacité du staff à mesurer les efforts (l’activation) et les effets cumulés différés dans leurs contextes de réalisation, et à savoir analyser ces données.

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