Surcompensation, ce mot magique qui expliquerait les progrès mais …

Dont les fondements scientifiques sont à tout le moins très discutables.

C’est à Karl Weigert (1845-1904) que l’on doit la notion de « surcompensation » d’après laquelle les cellules réagissent au blocage d’un récepteur en le régénérant en quantité excessive.

La loi de Weigert précise : « the loss or destruction of a part or element in the organic world is likely to result in compensatory replacement and overproduction of tissue during the process of regeneration or repair (or both), as in the formation of callus when a fractured bone heals. »

Tout au long de notre vie en effet, nos cellules se renouvellent par un processus de division-duplication. La mitose désigne le cycle cellulaire qui s’applique à tous les types de cellules. Cette division consiste pour l’organisme à créer deux cellules filles à partir d’une cellule mère en conservant à chaque fois l’information génétique d’origine.

Croissance et division cellulaires sont des événements distincts mais coordonnés, et leur régulation est un problème important de la biologie. D’une façon générale, lorsqu’une cellule entre en mitose, son volume a pratiquement doublé, cela en 10 à 20 heures chez la plupart des cellules de mammifères.

Pour une catégorie cellulaire donnée, les cellules qui entrent en mitose ont toutes sensiblement la même taille, alors que les cellules issues de mitose sont de tailles plus variées. Au cours de ces divisions, les cellules se différencient afin de pouvoir modifier leur fonction (différenciation cellulaire) : type de cellule, groupe de cellules, organes, tissus, réseau ou système.

La durée ainsi que la fréquence de la différenciation sont primordiales dans la croissance normale. La fréquence de division est fortement dépendante de sa fonction future.

Les cellules cutanées se divisent régulièrement, les cellules hépatiques uniquement si nécessaire, les cellules nerveuses ou musculaires ne se divisent même pas chez l’être humain.

La surproduction de cellule est donc bien plus souvent un symptôme d’une pathologie que d’une adaptation physiologique.

Force est de constater que cette « loi », en apparence séduisante, peut donc toutefois interroger.

Bergstrom et collaborateurs (1967) ont réussi, par une série d’expériences, à mettre au point une méthode combinant alimentation et entraînement intense, qui permettait d’accroître massivement les réserves de glycogène. Ils démontrèrent que si l’on épuisait au préalable par des efforts très intenses les muscles appelés à être utilisés au cours d’un effort de longue durée, il était possible d’augmenter les stocks en glycogène et donc de poursuivre plus longtemps un exercice à vitesse élevée.

Comme il s’agissait du glycogène, ce substrat énergétique miracle, tout le monde s’est jeté sur cette étude, et s’est empressé de généraliser. Quel malheur.

 

Le passage de la valeur d’une variable organique au-dessus de sa moyenne habituellement constatée après une période de déplétion serait donc la « surcompensation » et serait la cause des progrès.

Ce qui interroge c’est que c’est la valeur initiale de cette variable, ou l’espérance, qui sert de valeur de référence. Partant du principe qu’elles peuvent être dépendantes des efforts précédents, on mesure toute la variabilité de cette valeur.

Il est toutefois communément admis par tous les entraîneurs qu’une performance est multifactorielle. Attribuer la performance à quelques éléments, essentiellement structurels, dont les niveaux quantitatifs seraient supérieurs à leurs valeurs de références, semble pour le moins excessif et sans doute erroné.

Dans la très grande majorité des lésions tissulaires, il n’y a pas de surproduction de cellules.

La difficulté majeure reste de pouvoir différencier ce qui relève de l’homéostasie, de la chronobiologie et de l’ontogenèse car la composition du corps humain est évolutive et transitoire.


Cette « loi » ne permet donc pas de réellement expliquer les progrès physiques, encore moins chez la personne vieillissante, chez la personne malade, pas plus que les progrès intellectuels.

On le voit la surcompensation, en apparence une évidence, ne l’est pas et de très loin. Je pense même que c’est un axiome aux conséquences préjudiciables bien plus supérieures qu’aux conséquences profitables car il fait perdre de vue l’aspect heuristique systématique de la performance.

Mais alors … Peut-on envisager une autre approche ?

Les efforts produisent plus ou moins d’effets qui peuvent s’exprimer de multiples manières.

Chaque sportif traduira les effets de manière individuelle : sa fatigue sera plus marquée, son dynamisme moins bon, son plaisir plus important, sa perception de l’intensité plus élevée, sa maîtrise technique moins efficace, etc.

Ces effets seront évolutifs et transitoires, c’est-à-dire qu’à la fin de l’exercice sa maîtrise technique pourra être moins bonne mais après plusieurs répétitions, plusieurs séances, elle sera nettement meilleure.

Pour transposer Jean Piaget évoquant l’apprentissage, l’entraînement, c’est-à-dire le développement des capacités, serait le résultat d’un processus dynamique de recherche d’équilibre entre le sportif et son environnement.

L’assimilation correspondrait à l’incorporation d’un effort par l’organisme sans modifier sa structure, mais avec transformation progressive de l’effort. Cela correspond à l’intégration de l’environnement extérieur dans le sportif.

L’accommodation serait le mécanisme qui entraîne une modification de l’organisme du sportif, de sa structure, permettant l’incorporation des exigences qui sont l’objet de l’entraînement lorsque l’effort, les contraintes résistent,

Dans ce cas, le sportif est transformé par son environnement.

La récupération permet à l’organisme de retrouver un équilibre pour, par exemple, activer le système nerveux parasympathique (baisse de la fréquence cardiaque, de la tension artérielle, relâchement musculaire…) et favoriser la meilleure compréhension des stratégies à utiliser.

Les variations de niveau d’efforts (activation), souvent autrement formulé travail – récupération, constitue donc le plus petit élément d’un entraînement.

On retrouvera ces variations à tous les niveaux de la planification, de la programmation, exprimée par exemple, en séries, séances, microcycles, mésocycles, macrocycles et périodes.

Par le fait même que les efforts et les effets vont toujours de pair, ni l’environnement (au sens très large du terme) ni le sportif ne sont jamais connus indépendamment l’un de l’autre. Le milieu est assimilé à l’activité du sujet en même temps que celle-ci s’accommode à celui-là.

C’est par une construction progressive que les notions d’environnement physique et de milieu intérieur vont s’élaborer en fonction l’un de l’autre.
Pour plus de détail, consulter notre cours en ligne sur la planification.

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