Transfert, spécificité & contexte : les nouveaux (mauvais) « cubistes » du XXI siècle sont de retour

Vous le savez, notre Score de Capacité à s’Adapter est élément important de TrainingLoad Pro.
Nous vous avons expliqué les modalités de calculs, il me semble important de vous expliquer quelques présupposés théoriques.

D’autant plus qu’on peut lire tout et n’importe quoi, principalement dans des sites, ou revues corporatistes, notamment sur les notions de transfert d’apprentissage, de contexte et de spécificité.

Comme le précise Ghislain Samson, « Différentes définitions existent pour le transfert des apprentissages. Certains points sont à considérer :
  1. Le transfert implique la mise en relation et l’adaptation d’un apprentissage dans un contexte nouveau et inhabituel.
  2. Le transfert mobilise non seulement de simples connaissances déclaratives, mais aussi des habiletés cognitives, métacognitives et des dispositions liées au contexte d’apprentissage et de mobilisation.
  3. Le transfert fait appel à l’action (résolution de problèmes ou réalisation d’une tâche) et se différencie ainsi de l’application pure et simple des connaissances.
  4. Le transfert constitue une part importante de la capacité d’adaptation et du développement professionnel
Ce que nous dit la recherche.

Trois types de connaissances à ne pas négliger. Selon plusieurs auteurs, dont Tardif (1997) et Samson (2004), le transfert des apprentissages suppose une mise en relation :
– des connaissances déclaratives (quoi ?),
– des connaissances procédurales (comment ?) et
– des connaissances conditionnelles (où ?, quand ? et pourquoi ?).

Or, souvent, ce sont les connaissances déclaratives qui sont enseignées au détriment des connaissances conditionnelles. Pourtant ce sont ces dernières qui favorisent le transfert. «  

Le contexte prend donc ici toute son importance.

Connaître l’approche transactionnelle de Lazarus et Folkman (1984) vous sera d’une très grande aide.

Mais des compétences avérées en didactique et en épistémologie vous seront utiles et indispensables car vous devrez savoir modéliser l’activité (ou alors des auteurs l’auront déjà fait pour vous).
Vous devrez par contre obligatoirement savoir mettre en relief la « logique » de l’activité au sens de « systématique des décisions tactiques en jeu » (R. Deleplace), ou de « noyau dur de ses traits d’action motrice les plus notoires » (P. Parlebas).

Trop de situations sont décontextualisées.

Il leur manque trop d’éléments « fondamentaux ». Le système de contraintes originel n’existe plus.

La situation n’est pas inefficace, car elle atteint son objectif, celui de mieux maitriser le mouvement demandé, mais elle n’est pas efficiente. Le sportif dépense trop d’énergie pour une tâche qu’il ne reverra presque jamais dans ces mêmes conditions en situation de jeu.

Comme le temps est toujours compté pour un sportif et que nous n’en avons jamais assez pour faire tout ce qui devrait être fait, il faut faire des choix. Certains sont judicieux, d’autres moins. C’est là que l’on voit toute la compétence du coach : il sait discerner ce qui est prioritaire, de ce qui est secondaire, de ce qui est accessoire, et y accorder les volumes horaires idoines, aux différentes étapes de la construction des savoirs et savoir-faire dans l’activité.

La fameuse « expertise » de l’activité.

Mais comment donc, un « entraîneur généraliste » peut-il avoir cette compétence ?

Ce qui me fait marrer, c’est que ces personnes, marchands du temple pour la plupart, principalement des préparateurs physiques, vantent à hue et à dia, les effets profitables de leurs « contenus », mais n’ont jamais fait le moindre effort pour les valider, pour démontrer leur efficience. Ils vous disent que ce qu’ils font est indispensable, surjoue l’humilité pour mieux faire passer leur business, mais à aucun moment n’ont démontré l’efficience de leurs propos. Dans mon langage, j’appelle cela un charlatan. D’ailleurs, dans d’autres domaines que celui du sport, ils auraient vite été démasqués. Mais les pratiquants sont beaucoup plus lucides lorsqu’ils parlent de leur santé que de leur sport.

Prenez quelque temps pour comprendre ce que sont « pars pro toto » et « pars totalis ».

Cela change la manière de concevoir les contenus de séance.

Christian Godin précise : « La pars pro toto (littéralement « la partie pour le tout ») désigne la partie qui renvoie au tout, la partie qui fait penser au tout, la partie qui symbolise le tout, parce qu’elle en est le fragment ou bien l’image, ou bien encore le simple signe.

La pars totalis (littéralement « la partie totale », l’expression de partie totale figure dans l’opuscule…) désigne, quant à elle, la partie du tout qui possède les mêmes propriétés que lui; elle est le tout en miniature.

La pars totalis, à la différence de la pars pro toto est beaucoup plus qu’une métonymie; elle ne « renvoie » pas seulement à la totalité, elle en est le condensé. »

Trop souvent, hélas, les entraîneurs considèrent hélas la partie comme élément d’un tout, et non comme l’une des expressions du tout. Autrement formulé :
– ou le tout réside dans toutes les parties
– ou il réside en chacune d’elles prise à part.

 Des exemples de « pars pro toto », de situation peut être efficace, mais surtout pas efficientes ?
  • Travailler l’élan d’un saut sans finir le saut.
  • S’entrainer à lancer le javelot mais le faire sans élan
  • S’entrainer à shooter à trois points sans qu’il n’y a une action de défense du panier.
  • S’entrainer à servir au volley sans action défensive au volley
  • Etc, etc

 « Pars totalis » devraient être pour nous, entraineurs, une exigence de chaque minute. Simplement parce que nous n’avons pas le temps de tout faire ce qu’il faudrait faire et que donc il faut faire des choix. Mais pour choisir en connaissance de causes et d’effets, il faut être un expert de l’activité.

Vous devez vous demander si le temps que vous attribuez à un exercice de type « pars pro toto » ne serait pas plus efficient s’il avait été consacré à un autre exercice de type « pars totalis ».

« pars totalis » ? Ce n’est pourtant pas compliqué :
  • C’est travailler l’élan d’un saut EN FINISSANT LE SAUT (sans chercher à aller le plus loin, mais suffisamment quand même).
  • C’est s’entrainer à lancer le javelot MAIS AVEC élan
  • C’est s’entrainer à shooter à trois points AVEC une action de défense du panier, qui peut être humaine ou non, mais prioritairement mobile.
  • C’est s’entrainer à servir au volley AVEC action défensive au volley, qui peut être une joueuse, ou non, mais prioritairement mobile.
Si vous le faites, vous appliquez le principe séculaire de spécificité.

Si vous ne le faites pas vous activez plutôt le principe de variété (vous mobilisez le pouvoir heuristique des situations alternatives). Principe de variété qui peut aussi s’appliquer avec le principe de spécificité.

Les deux sont utiles. Ce sont leurs importances relatives qui feront qui vous atteindrez vos objectifs. Seul un expert pourra le savoir. Mais vous le devinez, on ne devient pas meilleur nageur en consacrant une part importante de son temps d’entrainement au badminton. Si vous le faites, c’est que vous pouvez démontrer que ce temps est profitable à la performance (CQFD).

Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déterminant pour être efficient.

Faites-le. Testez. Comparez. Vous allez être très surpris.

Mais là, reconnaissez, que cela ne fera pas le lit des préparateurs physiques qui pour 90% propose des contenus « pars pro toto », non spécifiques, sans avoir démontré leur efficience (la seule chose qu’ils savent varier c’est l’utilisation du matériel, dont ils achètent les derniers joujoux à la mode. Je pense ainsi au Fitligt, au GPS, au « subjectif » … C’est un permis poids lourds qu’il faudra bientôt pour être préparateurs physiques)

Demandez-leur qu’ils vous démontrent l’efficience de leurs contenus, le niveau de transfert de leurs situations (cf les trois types de connaissances). Vous allez assister à un grand moment d’enfumage, avec des termes pseudoscientifiques que vous ne comprendrez pas. Vous aurez aussi droit à des caricatures qui laissent penser que le corps humain est un mannequin articulé, façon Guignol. Pour certains, ils vous diront qu’ils ont « collaboré humblement » avec Y ou X qui a une médaille ici ou là, l’histoire de vous faire avaler que « comparaison est raison » (ce qui ne l’est pas bien sûr).

Je me marre à chaque fois, car il n’y a pas beaucoup à gratter pour tomber sur le trou noir de leurs compétences d’entraîneur.

 

https://www.innovation-pedagogique.fr/article77.html

https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-mediologie-2000-1-page-179.htm
http://www.institut-numerique.org/23-de-l

1 réflexion sur « Transfert, spécificité & contexte : les nouveaux (mauvais) « cubistes » du XXI siècle sont de retour »

  1. Je ne confonds pas le principe de spécificité (qui renvoie à l’essence de l’activité en tant qu’activité culturelle évolutive, transitoire) et le principe d’individualisation (qui renvoie à l’Homme, ses aptitudes, ses capacités physiques, mentales, spirituelles, cognitives, affectives …)

    Je vous conseille la lecture de l’excellent livre de Georges Vigarello : http://www.persee.fr/…/rfp_0556-7807_1988_num_85_1_2447…

    On y apprend beaucoup de choses. Un incontournable pour tous les étudiants STAPS depuis … 1988 ! L’auteur montre qu’on est loin des postulats, et qu’être expert (au sens de connaitre une APS aussi bien au plan historique, que technique, que physiologique, que réglémentaire, que sociologique …) est déterminant pour comprendre la différence entre « spécificité » et « individualisation »

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